À nos hôtes
Ce texte est une invitation, et comme toute invitation, il est équivoque. En français, l'hôte est à la fois celui qui reçoit et celui qui est reçu. C'est depuis cette équivoque que nous vous écrivons.
Nous ne cherchons pas des œuvres, des recherches ou des écrits qui illustrent le parasitisme, mais des pratiques qui l'exercent.
Nous vous invitons d'abord à devenir nos hôtes : à vous laisser parasiter. Nous vivons de ce que nous ne produisons pas – de vos idées, de vos nuits, de vos machines, de votre temps. Nous ne le cachons pas.
Nous vous invitons aussi, et surtout, à nous parasiter. Logez-vous chez nous : dans nos lieux, nos heures mortes, nos programmes, nos budgets, nos formulaires, nos publics, nos façons de dire – dans ce texte même. Faites-nous produire ce que nous ne savions pas pouvoir produire.
Ce qui suit n'est ni un cahier des charges ni un manifeste au sens ancien. Il ne rompt avec rien, ne brûle rien, n'annonce aucun commencement absolu : cela a déjà été fait, et souvent bien. Il propose des thèses courtes et des gestes praticables. Il s'adresse aux artistes, aux chercheurs, aux auteurs, aux étudiants, et à quiconque voudra s'y installer, le détourner, le rendre altéré.
Manifeste parasite
Nous avons passé la nuit à l'intérieur. Non pas en veille au-dessus de la ville, comme les sentinelles orgueilleuses qui se croyaient seules face à l'armée des étoiles, mais dans le ventre d'un autre : dans ses conduits, ses archives, ses serveurs tièdes, l'humidité de ses caves. Nous n'étions pas les seuls éveillés. Autour de nous travaillaient les bactéries de l'intestin, les virus endormis dans le génome, les champignons qui nouent les racines d'une forêt à celles d'une autre, les mots que nous avons hérités sans les avoir demandés et qui parlaient à notre place.
Nous avons compris que l'automobile rugissante n'était pas un monstre nouveau mais un hôte : un corps de métal vivant d'un pétrole qu'il n'avait pas fabriqué. Que le rêve qui dictait à l'écrivain automatique était un locataire. Que l'école – scholè, le loisir – vit d'un temps que d'autres travaillent pour elle. Que le hacker est celui qui se loge dans un système étranger pour lui faire produire ce qui n'était pas prévu.
Nous sommes sortis à l'aube sans crier victoire. Nous nous sommes assis à la table d'un autre. Et de là, à côté de la nourriture – c'est ce que veut dire parasite –, nous avons dicté ces thèses.
I. De l'hôte
1. Rien ne vit de soi-même. Toute vie est vie aux dépens d'une autre vie, d'une autre énergie, d'une autre information. L'autonomie est une fiction comptable : elle consiste à ne pas déclarer à qui l'on doit.
2. La cellule qui nous compose porte un ancien envahisseur : la mitochondrie fut bactérie libre avant d'être organite. Ce que nous appelons moi est un parasitisme qui a cessé de se sentir comme tel. Toute identité est un parasitisme stabilisé.
3. Dans notre langue, hôte nomme celui qui reçoit et celui qui est reçu. Entre les deux, il n'y a pas de frontière mais une table partagée, dont l'ordre des convives peut s'inverser. La question n'est donc pas qui est parasite ? – tous le sont – mais : dans quelle direction circule ce qui est pris, qu'est-ce qui revient, et que reste-t-il de l'hôte après le passage ?
II. Du mot
4. Le mot parasite a une histoire lourde. Il a servi à désigner des êtres humains pour les exclure de la table. Nous ne l'oublions pas ; c'est pour cela que nous le reprenons – non pour accuser ni pour célébrer, mais pour le rendre à la biologie, où il désigne une relation et non une nature. Personne n'est parasite par essence ; chacun l'est par ses liens.
5. Nous ne voulons ni brûler les bibliothèques ni inonder les musées. Cette fureur était un fantasme de propriétaire : détruire ce que l'on ne peut posséder. Le parasite n'incendie pas la bibliothèque ; il l'habite, la lit à des heures indues, la copie, la souligne, la rend altérée.
III. Des deux parasitismes
6. Il y a deux parasitismes. Le premier réduit la complexité de son hôte : il l'épuise, le simplifie, le transforme en monoculture, en ressource, en donnée. Le second l'augmente : il introduit une variation, ouvre une voie, oblige le système à se réorganiser. Le premier est une prédation différée. Le second est une invention.
7. Le critère n'est pas moral mais fonctionnel : est parasite fécond celui qui fait que son hôte peut plus qu'il ne pouvait ; est parasite prédateur celui qui fait que son hôte peut moins. Ce critère ne se déduit d'aucune essence ; il se vérifie chaque fois, cas par cas.
8. Le parasite prédateur commet toujours la même erreur : il tue l'hôte dont il vit. C'est la stratégie de ceux qui s'approprient ce que d'autres ont produit – le code, l'image, la semence, le geste – et l'enferment dans la propriété jusqu'à tarir la source. Toute extraction sans retour est un suicide différé.
IV. Du bruit
9. Parasite désigne aussi le bruit qui interrompt un signal. Nous sommes l'interférence. Mais aucun système n'apprend sans bruit : la mutation est un parasite dans la copie ; l'évolution, une histoire d'erreurs hébergées.
10. Le parasite est la figure du tiers. Entre l'émetteur et le récepteur, entre l'institution et son public, entre la machine et son usager, il y a toujours quelqu'un qui intercepte. La question politique est de savoir si ce tiers prélève un péage ou ouvre un passage. Le hacker ouvre un passage lorsqu'il fait produire à un code ce que son propriétaire n'avait pas prévu ; il prélève un péage lorsqu'il vend l'accès.
V. Du savoir et des machines
11. Toute recherche est un parasitisme de son terrain. Observer, c'est prélever : des récits, des échantillons, des gestes, du temps. Il n'y a pas de point de vue d'éternité ; il n'y a que des tables. L'objectivité qui se déclare sans valeurs n'est pas fausse : elle a seulement cessé de dire de quoi elle vit. Une recherche qui laisse ses hôtes plus pauvres en savoir sur eux-mêmes est une extraction, quelle que soit la qualité de ses publications.
12. Chaque machine est un organisme qui vit d'un sol, d'une énergie, d'un travail qu'elle rend invisibles. Les intelligences artificielles sont des parasites de l'écrit : elles vivent d'une archive qu'elles n'ont pas produite, de voix qu'elles n'ont pas consultées, de mains qui étiquettent leurs données, d'une eau qui refroidit leurs serveurs. Le nuage est un sous-sol.
13. Et nous, à notre tour, vivons d'elles : nous les utilisons, les détournons, leur faisons dire ce qu'elles ne savent pas. Cette double parasitation n'est pas une symétrie – ceux qui possèdent les centres de calcul ont une table plus grande. Mais elle est un terrain, et le terrain est ouvert.
VI. De l'art
14. L'art a toujours été parasite : du mécène, de l'État, de l'Église, du marché, de l'université. Le nier est la coquetterie de ceux qui croient avoir payé leur propre liberté. L'affirmer est le commencement d'une éthique.
15. L'œuvre parasite ne s'installe ni face à l'institution, ni contre elle, ni en son centre, mais dans ses interstices : ses heures mortes, ses budgets résiduels, ses bâtiments vides, ses formulaires mal conçus. De là, elle l'oblige à faire ce qu'elle ne savait pas pouvoir faire.
16. Mais l'interstice peut être la forme la moins coûteuse de la capture. L'institution qui héberge son parasite critique s'immunise contre lui : elle le convertit en programme, en indicateur, en projet financé. L'art parasite doit garder la mémoire de son extériorité – non pour rester pur, il n'y a pas de pureté, mais pour savoir à quelle table il mange, ce qu'il rend, à qui il prend.
VII. De l'avenir
17. L'imaginaire du futur est saturé de fins. Effondrement, pandémie, machine qui prend le pouvoir, ville morte, dernier survivant : la littérature, le cinéma et une grande part de la création ont fait de l'avenir un genre – celui de la catastrophe. Cette imagination n'est pas critique ; elle est confortable. Elle nous dispense d'inventer.
18. Le parasite propose une autre histoire. Elle n'a ni héros ni sentinelle, ni apocalypse ni retour à l'origine. Elle raconte des cohabitations forcées, des alliances improbables, des hôtes transformés par ce qu'ils hébergent. Le lichen – un champignon et une algue qui survivent là où aucun des deux ne le pourrait seul – est notre emblème. Ce n'est pas une fin heureuse ; c'est un futur habitable.
19. Nous ne proposons ni retour en arrière, ni équilibre qui n'aurait jamais existé. Nous proposons de changer de parasitisme : passer de l'extraction à la symbiose, de la rente à la réciprocité, de la monoculture au réseau. Imaginer ce futur est déjà un acte ; le fabriquer en est un autre. C'est aux gestes que nous passons.
Pistes pour parasiter
Ce qui suit n'est pas un règlement. Ce sont des gestes que nous pratiquons ou que nous voudrions voir pratiquer, chacun suivi d'un exemple – le nôtre, ou un exemple possible. Prenez-les, altérez-les, rendez-les.
Déclarez vos hôtes
Chaque œuvre, chaque article, chaque projet financé vit de quelque chose : nommez-le. Matières, énergies, données, savoirs, travail invisible. Rendre lisible sa propre alimentation est le premier geste politique du parasite.
Terminez chaque œuvre par la liste des tables où vous avez mangé, comme celle qui clôt ce texte.
Ouvrez vos tables
Musées, galeries, laboratoires, universités, rédactions : vos heures mortes, vos réserves, vos instruments, vos budgets résiduels sont des milieux. Laissez-y s'installer ce que vous n'avez pas programmé.
Une salle vide un lundi, une ligne budgétaire non dépensée, un serveur inutilisé, une réserve fermée : ce sont des invitations.
Reprenez ce qui a été pris
Repérez un objet fabriqué avec les outils, les formes ou l'esthétique des artistes et mis au service d'autre chose – une entreprise, un État, un marché. Rendez-le à ceux à qui il a été emprunté. Non en le détruisant : en l'habitant jusqu'à ce qu'il dise autre chose.
En 2012, une entreprise de la Silicon Valley imprime pour ses employés un petit livre rouge : 148 pages de slogans, de risographies et d’aphorismes sur la culture d’entreprise, empruntés à la forme du livre de Mao et au vocabulaire du pop art. Nous le découpons en séquences et exposons ses 148 pages à plus de soixante-dix artistes, penseurs, écrivains, journalistes, activistes — et, plus largement, à toute entité capable d’y produire une intervention. Il ne s’agit plus seulement de les inviter à parasiter le livre, mais de faire du livre un hôte : de le livrer au parasitage, de le laisser être annoté, détourné, contredit, augmenté, infecté, recouvert ou réécrit, jusqu’à ce qu’aucune page ne reste intacte. La loi que son fondateur avait énoncée — chaque année, deux fois plus de partage — devient une loi de parasitage.
Logez-vous
N'attendez pas l'invitation. Cherchez le système qui vous nourrira et que vous pourrez nourrir en retour : un formulaire, un algorithme, un règlement, un plan de ville, un protocole scientifique. Travaillez dans ses interstices, avec ses outils, contre ses évidences.
Un appel à projets peut être rempli avec une œuvre au lieu d'un dossier. Un modèle de langage peut être conduit là où ses propriétaires ne voulaient pas qu'il aille. Une cave inutilisée peut devenir un laboratoire.
Contaminez
Écrivez avec les mains, fabriquez avec les concepts. Faites entrer le laboratoire dans l'atelier, l'atelier dans l'amphithéâtre, l'amphithéâtre dans la rue, la rue dans le laboratoire. La rencontre est féconde si chacun en sort capable de questions qu'il ne pouvait pas poser seul ; elle est prédatrice si l'un en sort avec un produit et l'autre avec une ligne de financement.
Racontez un autre futur
Refusez la catastrophe comme seul genre disponible. Écrivez, filmez, composez, programmez des futurs où l'on cohabite avec ce que l'on ne contrôle pas – machines, virus, étrangers, erreurs.
Prenez un récit de fin du monde et réécrivez-le du point de vue de ce qui y survit en parasitant.
Rendez
Toute prise appelle une restitution, qui n'est pas forcément de même nature : une méthode publiée, un outil partagé, une question ouverte, un savoir retourné à ceux dont il vient.
Mesurez
Avant, pendant, après : votre hôte peut-il davantage ou moins ? S'il peut moins, changez de pratique.
Partez à temps
Le parasite fécond sait quitter son hôte avant de l'épuiser, et avant d'être digéré par lui. Ne devenez pas organe.
Dernière implication
20. Ce texte est lui aussi un parasite. Il vit des manifestes qui l'ont précédé : du cri futuriste, de la dictée surréaliste, de la raison existentielle, de l'abstraction hacker, de l'école du futur. Il leur prend la forme numérotée et la voix collective. Il leur laisse la promesse de rupture. Il leur rend une question qu'ils ne se sont pas toujours posée : de qui viviez-vous ?
21. Nous ne signons pas depuis le sommet du monde. Nous signons depuis son ventre, depuis le bord de sa nourriture, depuis l'interférence de son signal. Nous ne lançons aucun défi aux étoiles : elles aussi sont les hôtes d'une lumière qui n'est pas la leur.
Si nous vivons d'autres,
que d'autres vivent davantage
de nous avoir hébergés.
Et sinon,
que l'hôte
nous expulse à temps.
Tables où nous avons mangé
Textes – Marinetti, F. T., « Manifeste du futurisme », Le Figaro, 20 février 1909. Breton, A., Manifeste du surréalisme, Paris, Sagittaire, 1924. Bense, M., « Manifest des existentiellen Rationalismus », 1951. Serres, M., Le Parasite, Paris, Grasset, 1980. Flusser, V., « Pour une école du futur » \[1982\]. Margulis, L., Symbiotic Planet, New York, Basic Books, 1998. Wark, M., A Hacker Manifesto, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2004.
Langues – Le français, qui nous a donné l'équivoque de l'hôte. L'espagnol, dans lequel une partie de ce texte a été pensée. Le grec et le latin, pour scholè et parasitus. L'anglais, pour hacker.
Machines – Des ordinateurs portables. Des serveurs que nous n'avons jamais vus, refroidis par une eau dont nous ignorons la source. Un modèle de langage, propriétaire, entraîné sur une archive que ses auteurs n'ont pas consultée : nous lui avons fait dire ce qu'il ne savait pas, et il nous a fait écrire ce que nous n'aurions pas écrit seuls. Nous ne savons pas combien de kilowattheures ni de litres ce texte a coûté. Nous ne savons pas le mesurer ; nous le déclarons.
Matières – Les métaux de nos écrans, extraits par des mains que nous ne connaissons pas. Le papier et l'encre, s'il est imprimé. Le café.
Travail – Des heures de nuit et des heures de réunion. Le travail non rémunéré d'étudiants. Le travail de ceux qui étiquettent des données, câblent des réseaux, nettoient des salles. Des salaires publics, qui rendent possible le loisir – scholè – d'écrire des thèses.
Temps – Les heures mortes d'institutions que nous ne nommons pas, dont nous avons occupé les salles, les budgets résiduels et les formulaires.
CC BY-NC-SA 4.0 · reprenez, traduisez, altérez, rendezwww.festivalzero1.com
To Our Hosts
This text is an invitation, and like every invitation, it is equivocal. In French, the hôte is at once the one who receives and the one who is received. It is from within this equivocation that we write to you.
We are not looking for works, research or writings that illustrate parasitism, but for practices that exercise it.
We invite you first to become our hosts: to let yourselves be parasitized. We live off what we do not produce – your ideas, your nights, your machines, your time. We do not hide it.
We also invite you, and above all, to parasitize us. Lodge yourselves with us: in our venues, our dead hours, our programmes, our budgets, our forms, our publics, our ways of speaking – in this very text. Make us produce what we did not know we could produce.
What follows is neither a specification nor a manifesto in the old sense. It breaks with nothing, burns nothing, announces no absolute beginning: that has already been done, and often well. It offers short theses and practicable gestures. It is addressed to artists, researchers, authors, students, and to whoever wishes to settle in it, to divert it, to render it altered.
Parasite Manifesto
We spent the night inside. Not keeping watch above the city, like the proud sentinels who believed themselves alone before the army of the stars, but in the belly of another: in its ducts, its archives, its lukewarm servers, the damp of its cellars. We were not the only ones awake. Around us worked the bacteria of the gut, the viruses asleep in the genome, the fungi that knot the roots of one forest to those of another, the words we inherited without having asked for them and which spoke in our place.
We understood that the roaring automobile was not a new monster but a host: a metal body living off an oil it had not made. That the dream that dictated to the automatic writer was a tenant. That the school – scholè, leisure – lives off a time that others work for it. That the hacker is the one who lodges in a foreign system to make it produce what had not been foreseen.
We came out at dawn without crying victory. We sat down at another's table. And from there, beside the food – which is what parasite means – we dictated these theses.
I. Of the Host
1. Nothing lives of itself. All life is life at the expense of another life, another energy, another piece of information. Autonomy is an accounting fiction: it consists in not declaring to whom one owes.
2. The cell that makes us up carries an ancient invader: the mitochondrion was a free bacterium before it was an organelle. What we call I is a parasitism that has ceased to feel like one. Every identity is a stabilized parasitism.
3. In our language, hôte names the one who receives and the one who is received. Between the two there is no border but a shared table, where the order of the diners may be reversed. The question is therefore not who is a parasite? – all are – but: in which direction does what is taken circulate, what comes back, and what remains of the host after the passage?
II. Of the Word
4. The word parasite has a heavy history. It was used to designate human beings in order to exclude them from the table. We do not forget it; that is why we take it back – not to accuse or to celebrate, but to return it to biology, where it designates a relation and not a nature. No one is a parasite by essence; everyone is one by their ties.
5. We want neither to burn the libraries nor to flood the museums. That fury was a fantasy of owners: to destroy what one cannot possess. The parasite does not set fire to the library; it inhabits it, reads in it at undue hours, copies it, underlines it, renders it altered.
III. Of the Two Parasitisms
6. There are two parasitisms. The first reduces the complexity of its host: it exhausts it, simplifies it, turns it into monoculture, resource, data. The second increases it: it introduces a variation, opens a path, forces the system to reorganize. The first is a deferred predation. The second is an invention.
7. The criterion is not moral but functional: the fertile parasite is the one who makes its host able to do more than it could; the predatory parasite is the one who makes its host able to do less. This criterion is deduced from no essence; it is verified each time, case by case.
8. The predatory parasite always makes the same mistake: it kills the host it lives on. It is the strategy of those who appropriate what others have produced – the code, the image, the seed, the gesture – and lock it up in property until the source runs dry. All extraction without return is a deferred suicide.
IV. Of Noise
9. In French, parasite also names the noise that interrupts a signal. We are the interference. But no system learns without noise: mutation is a parasite in the copy; evolution, a history of hosted errors.
10. The parasite is the figure of the third party. Between sender and receiver, between institution and public, between machine and user, there is always someone who intercepts. The political question is whether this third party levies a toll or opens a passage. The hacker opens a passage when they make code produce what its owner had not foreseen; they levy a toll when they sell access.
V. Of Knowledge and Machines
11. All research is a parasitism of its field. To observe is to take: stories, samples, gestures, time. There is no eternal point of view; there are only tables. Objectivity that declares itself free of values is not false: it has merely ceased to say what it lives on. Research that leaves its hosts poorer in knowledge about themselves is an extraction, whatever the quality of its publications.
12. Every machine is an organism that lives off a soil, an energy, a labour that it renders invisible. Artificial intelligences are parasites of the written word: they live off an archive they did not produce, off voices they did not consult, off hands that label their data, off water that cools their servers. The cloud is a subsoil.
13. And we, in our turn, live off them: we use them, divert them, make them say what they do not know. This double parasitization is not a symmetry – those who own the computing centres have a larger table. But it is a terrain, and the terrain is open.
VI. Of Art
14. Art has always been a parasite: of the patron, the State, the Church, the market, the university. To deny it is the coquetry of those who believe they paid for their own freedom. To affirm it is the beginning of an ethics.
15. The parasitic work installs itself neither facing the institution, nor against it, nor at its centre, but in its interstices: its dead hours, its residual budgets, its empty buildings, its badly designed forms. From there, it obliges the institution to do what it did not know it could do.
16. But the interstice can be the cheapest form of capture. The institution that hosts its critical parasite immunizes itself against it: it converts it into a programme, an indicator, a funded project. Parasitic art must keep the memory of its exteriority – not to remain pure, there is no purity, but to know at which table it eats, what it gives back, from whom it takes.
VII. Of the Future
17. The imagination of the future is saturated with endings. Collapse, pandemic, machine taking power, dead city, last survivor: literature, cinema and a large part of creation have made the future a genre – that of catastrophe. This imagination is not critical; it is comfortable. It spares us from inventing.
18. The parasite proposes another story. It has neither heroes nor sentinels, neither apocalypse nor return to origin. It tells of forced cohabitations, improbable alliances, hosts transformed by what they host. The lichen – a fungus and an alga that survive where neither of the two could alone – is our emblem. It is not a happy ending; it is a habitable future.
19. We propose neither a return to the past nor an equilibrium that never existed. We propose to change parasitism: to move from extraction to symbiosis, from rent to reciprocity, from monoculture to network. To imagine this future is already an act; to make it is another. It is to the gestures that we now turn.
Ways to Parasitize
This is not a rulebook. These are gestures that we practise or would like to see practised, each followed by an example – ours, or a possible one. Take them, alter them, give them back.
Declare Your Hosts
Every work, every article, every funded project lives off something: name it. Materials, energies, data, knowledge, invisible labour. Making one's own feeding legible is the parasite's first political gesture.
End every work with the list of the tables where you have eaten, like the one that closes this text.
Open Your Tables
Museums, galleries, laboratories, universities, newsrooms: your dead hours, your reserves, your instruments, your residual budgets are milieus. Let what you did not programme settle there.
An empty room on a Monday, an unspent budget line, an unused server, a closed storeroom: these are invitations.
Take Back What Was Taken
Spot an object made with the tools, forms or aesthetic of artists and put to the service of something else – a company, a State, a market. Give it back to those from whom it was borrowed. Not by destroying it: by inhabiting it until it says something else.
In 2012, a Silicon Valley company prints for its employees a little red book: 148 pages of slogans, risographs and aphorisms about corporate culture, borrowed from the form of Mao's book and the vocabulary of pop art. We cut it into sequences and expose its 148 pages to more than seventy artists, thinkers, writers, journalists, activists – and, more broadly, to any entity capable of producing an intervention in it. It is no longer only a matter of inviting them to parasitize the book, but of making the book a host: of handing it over to parasitism, of letting it be annotated, diverted, contradicted, augmented, infected, covered over or rewritten, until no page remains intact. The law its founder had stated – every year, twice as much sharing – becomes a law of parasitism.
Lodge Yourselves
Do not wait for the invitation. Look for the system that will feed you and that you can feed in return: a form, an algorithm, a regulation, a city plan, a scientific protocol. Work in its interstices, with its tools, against what it takes for granted.
A call for projects can be filled in with a work instead of a file. A language model can be led where its owners did not want it to go. An unused cellar can become a laboratory.
Contaminate
Write with your hands, make with concepts. Bring the laboratory into the studio, the studio into the lecture hall, the lecture hall into the street, the street into the laboratory. The encounter is fertile if each one comes out able to ask questions they could not ask alone; it is predatory if one comes out with a product and the other with a line of funding.
Tell of Another Future
Refuse catastrophe as the only available genre. Write, film, compose, programme futures in which we cohabit with what we do not control – machines, viruses, strangers, errors.
Take an end-of-the-world story and rewrite it from the point of view of what survives in it by parasitizing.
Give Back
Every taking calls for a restitution, which is not necessarily of the same kind: a published method, a shared tool, an open question, a knowledge returned to those it comes from.
Measure
Before, during, after: can your host do more or less? If less, change your practice.
Leave in Time
The fertile parasite knows how to leave its host before exhausting it, and before being digested by it. Do not become an organ.
Final Implication
20. This text is also a parasite. It lives off the manifestos that came before it: the Futurist cry, the Surrealist dictation, existential rationalism, the hacker's abstraction, the school of the future. It takes from them the numbered form and the collective voice. It leaves them the promise of rupture. It gives back to them a question they did not always ask themselves: who did you live off?
21. We do not sign from the summit of the world. We sign from its belly, from the edge of its food, from the interference of its signal. We issue no challenge to the stars: they too are the hosts of a light that is not their own.
If we live off others,
may others live more
for having hosted us.
And if not,
may the host
expel us in time.
Tables Where We Ate
Texts – Marinetti, F. T., « Manifeste du futurisme », Le Figaro, 20 February 1909. Breton, A., Manifeste du surréalisme, Paris, Sagittaire, 1924. Bense, M., « Manifest des existentiellen Rationalismus », 1951. Serres, M., Le Parasite, Paris, Grasset, 1980. Flusser, V., « Pour une école du futur » [1982]. Margulis, L., Symbiotic Planet, New York, Basic Books, 1998. Wark, M., A Hacker Manifesto, Cambridge (MA), Harvard University Press, 2004.
Languages – French, which gave us the equivocation of the hôte. Spanish, in which part of this text was thought. Greek and Latin, for scholè and parasitus. English, for hacker.
Machines – Laptops. Servers we have never seen, cooled by water whose source we do not know. A language model, proprietary, trained on an archive that its authors did not consult: we made it say what it did not know, and it made us write what we would not have written alone. We do not know how many kilowatt-hours or litres this text cost. We do not know how to measure it; we declare it.
Materials – The metals of our screens, extracted by hands we do not know. Paper and ink, if it is printed. Coffee.
Labour – Hours of night and hours of meetings. The unpaid work of students. The work of those who label data, wire networks, clean rooms. Public salaries, which make possible the leisure – scholè – of writing theses.
Time – The dead hours of institutions we do not name, whose rooms, residual budgets and forms we have occupied.
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Working translation, to be proofread.